« 11 novembre 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16332, f. 39-40], transcr. Sylviane Robardey-Eppstein, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8950, page consultée le 07 mai 2026.
11 novembre [1837], samedi matin, 11 h. ¼
Bonjour mon cher petit homme, bonjour. Tu travailles donc toujours ? Je ne t’aurai
donc plus jamais le matin ? C’est bien triste. Je ne veux pas cependant commencer
ma
journée par me plaindre. Je ne veux pas te blaser et t’ennuyera de mes doléances continuelles. C’est
bien assez de les ressentir sans t’en corner les oreilles. Il fait bien beau temps
pour aller au bois, on y va deux on revient TROIS1 et
même davantage. Non mais délicieuse plaisanterie à part, il fait bien vilain pour
loger du bois. Il est vrai que j’ai de quoi passer la journée d’aujourd’hui mais
demain par exemple nous fermerons hermétiquement la cheminée si nous ne nous décidons
pas à faire notre provision aujourd’hui. Il est encore vrai que je pourrais aller
une
fois chez Mme Pierceau sur ces deux jours ce qui rétablirait l’équilibre et nous
permettraitb d’attendre
jusqu’à lundi qu’il ait plu encore davantage. Voilà bien des paroles pour si peu de
soirs de bois.
Jour mon cher petit o. Jour je t’aime. J’ai rêvé de vous toute la nuit. J’ai plus de profit à
dormir qu’à veiller puisque je vous ai plus souvent en rêve qu’en réalité. Avouez
que
vous êtes un bien méchant petit homme et un fier scélérat À MENIN, À YPRES2, etc., etc. Si je vous n’y3
prends encore, sapeur4, je vous donnerai une fameuse
venette5. En
attendant je vous adore.
Juliette
1 Vers extrait d’une chanson folklorique, souvent repris dans les airs de vaudevilles.
2 Villes de Belgique où Juliette et Victor sont allés les 26-27 août. L’allusion reste à élucider.
3 La forme négative fautive est volontaire pour imiter le parler campagnard.
4 « Homme qui ne respecte rien, — dans l’argot des bourgeoises, qui n’aiment pas les gens barbus » (Dictionnaire de la langue verte, Paris, Dentu, 1867).
5 « Venette » : Peur, inquiétude, alarme.
a « ennuier ».
b « permettrais ».
« 11 novembre 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16332, f. 41-42], transcr. Sylviane Robardey-Eppstein, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8950, page consultée le 07 mai 2026.
11 novembre [1837], samedi soir, 9 h. ¼
Mon petit bien-aimé. J’espère que vous êtes bien sagement à travailler dans le
quartier. Je suis presque fâchée de vous avoir laissé aller sans exiger de vous votre
parole d’honneur que vous n’irez dans aucun théâtre ce soir.
Cependant mon cher petit homme chéri, je vous crois incapable de la plus petite
trahison. Mon Dieu mon Toto que tu étais joli tantôt. Plus j’y pense et plus je me
repens de t’avoir laissé aller.
J’ai vu à l’air de Mme Pierceau que le Théâtre-Français
était bien penauda et bien fâché
d’avoir entamé la fameuse affaire1. Les gredins s’en aperçoiventb à présent. Aussi j’espère que tu
les en feras souvenir longtemps et qu’il leur en cuira la ri ra2. Soir mon petit o. Je vous le répète vous étiez bien joli aujourd’hui et bien inquiétant
surtout par le temps qui court3. Je ne serai tranquille que
lorsque vous serez revenu et que je vous aurais baisé partout. Tâchez que je n’attende
pas trop longtemps. J’ai bien besoin de bonheur mon Toto. Il y a bien longtemps que
vous ne m’en avez donné. Si vous étiez bien gentil, vous viendriez déjeuner avec moi cette
nuit. Je serais bien contente et peut-être vous aussi. Je t’aime tant.
Juliette
1 Allusion au procès en cours, intenté à la Comédie-Française par Hugo.
2 Formule moqueuse pour imiter la rime des refrains populaires.
3 Juliette Drouet utilise le singulier. La lecture n’est pas douteuse.
a « penau ».
b « apperçoivent ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils voyagent en Belgique, où elle prend le train pour la première fois.
- 20 févrierMort d’Eugène, frère de Victor Hugo, à Charenton.
- 26 juinLes Voix intérieures.
- 3 juilletPromu officier de la Légion d’Honneur.
- 14 août-14 septembreVoyage avec Hugo en Belgique et dans le nord de la France.
